Interview : Yuka & Chronoship

Qui est Yuka & Chronoship ? Pouvez-vous nous parler de sa genèse ?
Avant la formation de Yuka & Chronoship, Yuka était une chanteuse-compositrice ayant sorti 3 albums au Japon. Shun, réalisateur artistique, parolier et musicien de studio, travaillait avec elle en tant que réalisateur artistique. Lassés de faire de la musique uniquement en quête du succès auprès du public, Yuka et Shun ont décidé de se lancer dans un projet qui leur tenait vraiment à cœur : former un groupe de rock progressif et publier ses albums au niveau international. Les ont ensuite rejoint le guitariste Takashi, musicien de studio, compositeur de musiques de jeux vidéo et de publicité TV, pour commencer à jouer en live. Et puis c’est à la suite de l’entrée dans le groupe du batteur IKKo, musicien de studio et de tournées, que Yuka & Chronoship est né en 2009.


Comment définiriez-vous votre musique à quelqu’un qui n’a jamais entendu une seule note de Yuka & Chronoship ? Symphonique ? Jazz Rock ? Ou plutôt comme un subtil mélange de styles ?
C’est un rock progressif symphonique fortement influencé par le prog mélodique des années 70. Dans certaines revues de presse européennes, notre musique est qualifiée de jazz rock. Je suppose que c’est peut-être dû à l’impression des accords qui s’en dégage. Mais nous considérons nous même que c’est un rock progressif symphonique.

Vous avez réalisé 2 albums “Water Reincarnation" en 2011 et “Dino Rocket Oxygen" en 2013. Les deux sont considérés comme étant profondément philosophiques. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Le 1er album « Water Reincarnation » est sur le thème du cycle (réincarnation) de l’eau, c’est-à-dire les transformations en boucle de l’eau dans la nature : pluie-rivière-mer-nuage-pluie et ainsi de suite. Entouré de la mer, le Japon est un pays insulaire qui bénéficie des bienfaits de l’eau et souffre de sa violence à la fois. Depuis l’antiquité, les Japonais luttent contre les catastrophes naturelles causées par l’eau. En tant que Japonais, nous avons voulu traduire tout cela dans notre premier album. En mars 2012, 3 mois après l’achèvement de cet album, le Japon a subi un gigantesque tremblement de terre suivi par un tsunami dévastateur. Pour nous ce n’était pas une simple coïncidence. Cela nous a convaincu que c’est le destin qui nous a conduit à faire cet album sur l’eau. Quant au 2ème « Dino Rocket Oxygen », il était décidé depuis le début de le composer de 3 suites dont les thèmes ont été choisis librement. Chaque suite a été créée à partir d’un morceau composé auparavant que nous jouions en live en l’étoffant.


Déjà des idées pour le 3ème album ?
Oui. Nous avons déjà entamé la production de notre 3ème album intitulé «  The 3rd Planetary Chronicle ». C’est un album sur le thème des découvertes et évènements révolutionnaires qui ont eu lieu sur la Terre (la troisième planète).

Comment se déroule le processus d’écriture des morceaux au sein de votre groupe ?
D’abord Yuka écrit une mélodie et Shun lui donne un arrangement approximatif. Ensuite tous les membres participent à l’élaboration de ce morceau qui avance peu à peu en le jouant lors des répétitions et des concerts. Vous avez joué au Prog’ Sud en mai 2013. J’ai lu dans un magazine que vous aviez eu droit à un accueil enthousiaste à la fin de chaque morceau et même à une standing ovation à la fin du concert.


Etait-ce la première fois que vous vous produisiez en France ? Vous attendiez-vous à un accueil aussi chaleureux ? Quels souvenirs en gardez-vous ?
C’était notre premier concert non seulement en France mais aussi à l’étranger. Nous y sommes arrivés avec beaucoup d’attentes mais aussi d’appréhension, parce que nous n’avons pu emporter qu’un tiers de l’équipement que nous utilisons pour nos concerts au Japon. Mais une fois montés sur scène, dès le premier morceau, nous avons eu une réaction très chaleureuse du public. Grâce à cet accueil enthousiaste, nous avons pu faire un excellent concert. Nous avons été touchés également par la gentillesse du public qui écoutait attentivement les mots en français, bien que mal prononcés, que Yuka lui a adressés entre les morceaux. Pour nous c’était la première fois que nous ressentions une telle émotion sur scène. Nous espérons revenir au Prog’Sud aussi régulièrement que possible et dire à son public : « Nous voilà de retour devant vous ».

Existe-t-il au Japon des festivals de rock progressif similaires ?
Le rock progressif étant considéré comme genre mineur au Japon, il n’y a pas de grands festivals. Pour ce genre de musique, il n’existe que des festivals de petite taille organisés souvent dans un club.

Après BARAKA et KBB, le festival CRESCENDO est heureux d’accueillir à nouveau un groupe japonais. Avez-vous déjà entendu parler de ce festival ? A quoi vous attendez-vous ?
Les musiciens de Baraka qui sont nos amis nous ont parlé de leurs souvenirs du festival Crescendo. Nous sommes ravis d’avoir cette chance de nous y produire. Depuis que notre participation a été confirmée, nous attendons avec impatience le jour où nous pourrons jouer devant beaucoup de spectateurs, car au Japon il n’y a pas un aussi grand festival pour le rock progressif.


Y-a-t-il un autre pays d’Europe où vous aimeriez particulièrement jouer ? Et pour quelles raisons ?
Je voudrais voir comment notre performance en live est accueillie en Angleterre, parce que c’était surtout la musique venue d’Angleterre qui me passionnait dans les années 70.

Sur la scène progressive actuelle, quels sont les groupes qui vous impressionnent le plus ? Pourquoi ?
J’écoute le prog actuel aussi mais je suis plus attaché au prog des années 70 qu’au prog à tendance métal de ces dernières années. Mon musicien préféré est Steven Wilson. J’adore sa musique mélodique et sa voix.

Et pour terminer … quelle est la devise de Yuka & Chronoship ?
Dans les concerts des groupes de rock progressif des années 70, le public chantait et bougeait sur le rythme. C’est ce que nous visons à réaliser avec notre musique, plutôt que de chercher à faire apprécier les mesures impaires, la technique ou l’improvisation. Créer des morceaux pouvant donner au public le plaisir de chanter et bouger sur le rythme avec nous, c’est notre principale devise.