BIOGRAPHIE CRESCENDIENNE : Sébastien Monteaud

Sébastien Monteaud, natif de Saint-Palais sur Mer et vivant actuellement en Guyane, est le programmateur artistique du festival.


JC Adelmand ne se considère pas vraiment comme l’un des fondateurs du festival Crescendo, pour toi en revanche, c’est sans équivoque.   Comment est venue l’idée de créer un festival à Saint-Palais-sur-Mer ?
Même si Jean-Claude Adelmand ne se considère pas comme tel, je peux vous dire qu’une partie de l’âme du festival fut insufflé par son talent et son travail. Donc même s’il travaille en décalé par rapport au reste de l’équipe, on ne ferait pas le festival sans lui. C’est aussi un rescapé, tout comme moi, de la première réunion en 1998, lorsque nous avons lancé l’idée du festival. Effectivement, l’idée du festival est née du fait d’un manque cruel de festival en France. En 1997, il y avait Corbigny dans la Nièvre qui, à ma connaissance, était le seul festival de Prog en France. Je pense sincèrement que le Prog Live de Corbigny fut une source d’inspiration pour moi. Ils ont aussi contribué à la machine Crescendienne. J’en profite pour saluer l’équipe de l’époque du Prog Live ainsi qu’Olivier Mathé qui se sont battus, tout comme nous, pour faire vivre le Rock Progressif. Je n’ai jamais compris (et je ne comprends toujours pas) comment une musique aussi aboutie pouvait rester aussi confidentielle. Je pense que cette injustice artistique m’a poussé pour aller le plus loin possible dans le concept « Crescendo ».

Quels souvenirs gardes-tu de la première édition ?
Un souvenir très mitigé. Autant de travail pour seulement 150 spectateurs ! C’était vraiment dur à vivre mais il y avait aussi la satisfaction de se dire « on l’a fait ». Il a fallu une énergie folle pour repartir après cet échec commercial.

Explique-nous comment et pourquoi es-tu venu à t’intéresser au Rock Progressif. A quel âge es-tu tombé dans le chaudron du Prog ? Te souviens-tu de ton tout 1er CD ?
Je crois que cela m’a pris à l’âge de 13 ans. Je suis un gamin des années 80 qui trouvait les groupes de ces années-là super ringards. Je n’ai jamais aimé « Duran Duran » et encore moins « Indochine ». En revanche, je me régalais en découvrant la discographie de Pink Floyd, Dire Straits et Mike Oldfield. Quelques années plus tard, j’ai ouvert une encyclopédie sur le Rock et j’ai découvert que ces groupes s’apparentaient au « Rock Progressif ». Le mot était lâché et, de là, j’ai acheté en kiosque le magazine « Rock Style » qui faisait une rétro sur Pink Floyd et de la pub pour un disquaire de Rock Progressif. Mon premier disque acheté dans la sphère progressive actuelle fut FINISTERRE « In Limine ». J’en garde un souvenir extraordinaire. En effet j’avais déjà toute la disco des ténors des années 70.

Le festival doit sa pérennité à son entière gratuité, mais il fallait être drôlement gonflé pour monter un tel projet en espérant attirer et intéresser  un public néophyte.  Penses-tu avoir réussi ta « mission » ?  As-tu déjà reçu des témoignages allant dans ce sens ?
Il est facile après 15 ans de festival de pouvoir dire « mission accomplie ». Cependant, je ne pourrais lister le nombre de galères que nous avons connues sur le festival. Il fallait une foi sans faille pour mener à bien ce projet fou. Un festival gratuit… Je me souviens qu’à l’époque, lorsque j’ai lancé l’idée, on m’a dit que c’était soit l’idée la plus géniale qui soit, soit la plus ridicule ! A l’époque on pouvait dire « le doute m’habite » pour faire plaisir au président adepte des contrepèteries débiles !


Connais-tu globalement la proportion  de « progueux » par rapport aux personnes qui viennent par curiosité ?
Franchement je pense que le public au départ était essentiellement composé de néophytes, d’où le peu d’enthousiasme devant des groupes pourtant incontournables (Remember « White Willow »). Ce public s’est tranquillement modifié pour devenir un public de connaisseurs. Beaucoup de spectateurs me disent aujourd’hui qu’ils ne connaissaient pas le Prog avant de découvrir le festival. Rien que pour ça, je pense sincèrement que ça valait le coup de travailler sans relâche.

Si tu devais faire un bilan, lequel serait-il ? As-tu des regrets ?
Le bilan artistique n’est composé que de grandes joies d’avoir pu rencontrer des grands noms sur le festival. Franchement, j’ai eu une chance incroyable de partager ces moments uniques. L’autre grande réussite du festival est cette équipe qui, au quotidien, travaille sans relâche. Je pense surtout à ceux qui depuis 6 ans maintenant m’ont toujours soutenu : Francis et Marie Reix, Jean Claude Adelmand et Patrice Mathias. Nous avons eu des hauts et des bas mais l’amitié ainsi que l’amour de cette musique furent toujours au-dessus des galères. Une pensée aussi pour la famille Manteau qui depuis quelques années héberge des groupes ce qui nous aide grandement dans notre organisation et pour Roland Berbudeau qui, dans l'ombre, travaille à un nouveau projet sur Jonzac qui devrait voir le jour en 2013. Maintenant, nous allons entamer une nouvelle génération avec la venue de 9 nouveaux membres au sein du bureau et de nouveaux projets dans le sud de la Charente Maritime. Bref une nouvelle ère s’ouvre à nous pour être là encore pour fêter nos 20 ans !


Quel est ton meilleur souvenir de Crescendo ?
Mon meilleur souvenir restera la venue de DJAM KARET. J’ose avouer que, lors des balances, j’ai craqué émotionnellement. Un vieux rêve s’accomplissait… Difficile encore aujourd’hui de retranscrire la joie d’avoir fait venir ce groupe en France. En 14 festivals, il s’en passe des choses. Aurais-tu une ou deux anecdotes à nous raconter ? Je pense que la plus incroyable restera celle de 1999. D’ailleurs, heureusement qu’il y a encore des témoins de cette première édition car cette histoire est invraisemblable. En 1999 le festival devait se dérouler au palais des congrès de Royan. Cette salle avait un régisseur qui devait faire les lumières pour les 2 soirs du festival. Manque de chance la veille du festival j’apprends qu’il est malade est qu’il n’y aura donc pas de lumières pour cette 1ère édition. Le samedi, le matin du grand jour, je pars à 20km de Royan faire une dernière tournée d’affichage et je prends un auto-stoppeur sur la route du retour. Ce jeune homme en vacances était technicien lumière originaire de Paris. Incroyable… Pourtant cette histoire est authentique. La leçon de tout ça c’est qu’il ne faut jamais baisser les bras. Quand le projet est aussi beau, il trouvera de lui-même les portes de secours. J’en ai fait ma devise. Il y a eu plein d’autres anecdotes en 15 ans de festival. Peut-être qu’un jour j’écrirai un livre sur cette aventure hors norme et franchement, il y a de quoi raconter. Tu es responsable de la programmation qui se veut chaque année très éclectique. Parle-nous de ton rôle de directeur artistique. En quoi consiste ta mission ? Comment fais-tu une programmation ?
Cette question revient souvent. La programmation n’est pas si simple qu’il n’y paraît. Beaucoup de paramètres rentrent en ligne de compte : la disponibilité du groupe, son tarif, sa motivation, sa nationalité, sa rareté et son style (il y a beaucoup de sous-catégories dans le Prog et j’essaie d’avoir un panel large).J’ai mis des années avant d’avoir une programmation qui me paraît aujourd’hui satisfaisante. J’ai fait pas mal d’erreurs avant d’en arriver là. Mais c’est sur le terrain que l’on apprend le mieux. S’il n’y avait pas de contraintes budgétaires, quel est le groupe que tu aimerais faire venir en tant que tête d’affiche du samedi soir ?
KING CRIMSON évidemment !

En 2010, tu pars vivre en Guyane française… et en 2011, un festival Crescendo Guyane voit déjà le jour. Mais dis-donc,  tu ne t’arrêtes jamais !  Comment cet évènement musical  a-t-il été accueilli  là-bas ?  Un second est-il en préparation pour cette année ?
Je suis un boulimique de travail et de projets. Cela fait de nombreuses années que je souhaitais venir en Amérique du Sud et, comme je suis du genre à concrétiser mes rêves, je suis parti en Guyane. La première année, j’ai pris mes marques en Guyane et ce ne fut pas simple. Mais, une fois lancé, j’ai réuni une équipe formidable pour faire aboutir ce projet. Le festival a eu lieu en octobre 2011 avec BEARDFISH, KARCIUS, SPECIAL PROVIDENCE, GENS DE LA LUNE, CINQUILLO et KOMANTI. Le public a répondu présent dès la première soirée avec un pic à 1500 spectateurs et le bouche à oreille allant très vite en Guyane, nous nous sommes retrouvés à 3000 spectateurs le samedi soir pour KARCIUS. Je peux vous dire que l’accueil fut des plus chaleureux. Je confirme qu’il y aura une édition en 2013 les 18 et 19 octobre à Montsinéry-Tonnégrande, en bord de fleuve.


A peine fais-tu la rencontre de quelqu’un que tu lui parles de Rock Progressif et tu essaies de l’embrigader dans l’organisation du festival (quand tu n’essaies pas de lui vendre un jeu de société, mais ça c’est une autre histoire).  N’aimes- tu vraiment que ça ????
Ah, oui, j’ai plusieurs passions dans la vie. Je suis un fou de jeux de société, si bien que j’ai ouvert une boutique à Cayenne. Je suis aussi un cinéphile boulimique de cinéma marginal, sans parler de ma passion pour la lecture et la science-fiction plus particulièrement. Bref, j’essaie de dormir la nuit de 3 à 4 !!!

Quelle est ta devise ? 
Il ne faut jamais baisser les bras. Quand le projet est aussi beau, il trouvera de lui-même les portes de secours.