En piste avec... Leprous

Cette année, les fameux orages de Saint Palais sur Mer n’ont qu’à bien se tenir car Leprous débarque ! Nous avons interrogé Lars Larsen, membre de ce groupe norvégien mêlant Prog et Métal.


Pourquoi avez-vous choisi “Leprous” (lépreux en français) pour nom de groupe, alors que ce nom semble péjoratif ?
Pour être honnête, notre choix a été fait par hasard. Nous étions ados (15 et 16 ans), et nous recherchions un nom de groupe. A cette période, notre niveau d’anglais n’était pas excellent. On a recherché quelque chose de convenable dans un dictionnaire, et on a fini par tomber sur « Leprous ». Nous étions de jeunes métalleux à la recherche d’un nom cool, et « Leprous » semblait convenir. Après quelques années avec ce nom, on s’y est attachés et maintenant, il fait partie de notre identité en tant que groupe.

Pourriez-vous décrire votre style musical ? Pourquoi l’avoir choisi ? Quelles sont vos références ?
 Nous ne travaillons pas vraiment comme ça. Comme je l’ai expliqué lors de plusieurs entretiens, les genres musicaux ne nous intéressent pas trop, au contraire de la musique passionnée et authentique. On ne choisit jamais de style musical en particulier, on exprime seulement nos émotions au travers de la musique. Cependant, il est inévitable d’avoir des influences dans notre subconscient quand nous écrivons. Je peux mentionner des groupes tels que Radiohead, King Crimson, Tool et Porcupine Tree, mais aussi des compositeurs de musique classique comme Arvo Pärt, des icones Pop telles Michael Jackson et Prince ainsi que des artistes de la scène musicale contemporaine.


Le dessin sur la pochette de votre dernier album, Coal (charbon, en français), est vraiment beau. Pourriez-vous nous en parler ?
Oui, ce fut un processus plutôt compliqué. Tout d’abord, nous avons une approche de l’art contemporain assez minimaliste et sombre, qui n’aurait pas été très inspirante pour le public avant l’écoute de l’album. C’était presque totalement noir avec la structure du charbon. Le résultat final était trop neutre et n’aurait pas collé au marché actuel. Nous avons alors décidé de contacter une nouvelle fois le peintre surréaliste Jeff Jordan (qui a réalisé la pochette de notre album Bilateral). Après son précédent travail plutôt haut en couleurs, nous avions hâte de voir le résultat. Par chance, Jeff a eu une super idée dès qu’on lui a présenté le concept de notre album à propos des diamants et du charbon. L’idée du crâne en diamant a immédiatement germée, mais il a cherché longtemps pour trouver comment le réaliser en noir et blanc. Lorsqu’il nous a envoyés les premiers jets, nous étions plutôt sceptiques, étant donné que nous avions déjà vu des crânes figurant un peu trop souvent sur des pochettes d’album de métal. Cependant, quand on a pu voir les jets suivants, nous avons commencé à comprendre et a vraiment apprécier là où il voulait en venir. C’est vraiment un beau travail artistique réalisé par un super artiste !

Quelle est la spécificité de l’album « Coal » par rapport au précèdent ? Comment a-t-il été reçu par le public ?
« Coal » est un album plus profond et plus riche en émotions. Il a été composé dans une période plus compliquée et plus émotionnelle que les deux précédents, et il ne passe pas d’une humeur à l’autre comme « Bilatéral » en avait particulièrement la tendance. Les réactions du public ont été plutôt positives, mais aussi un peu partagées. Certaines personnes attendaient un « Bilateral2 », ils n’avaient pas prêté attention à ce qui fonde Leprous. Quand nous faisons une nouvelle composition, c’est toujours quelque chose de neuf, et parfois surprenant pour certaines personnes. Je ne vois pas l’intérêt de créer deux fois le même morceau. Si certains préfèrent « Bilateral » ou « TPS » à « Coal », ils n’ont qu’à écouter ces albums. Peu importe ce que tu fais en tant que compositeur, personne n’aura les mêmes préférences. C’est pourquoi nous n’attachons pas trop d’importance aux réactions car nous ne pouvons composer en fonction des attentes du public. On doit être honnêtes avec nous-mêmes dans ce que nous faisons, et laisser la musique évoluer en même temps que nous.


Que pourriez-vous dire aux personnes qui n’ont pas l’habitude d’écouter du métal pour leur donner envie d’écouter votre musique ?
Leprous est un groupe plutôt dynamique, alors je commencerais par leur faire écouter nos morceaux les plus doux, puis j’augmenterais l’intensité de chaque morceau que je leur présenterais, ah ! ah ! Ce n’est pas dans mon habitude d’essayer de convertir les gens à l’écoute de notre musique, s’ils semblent intéressés dans ce que je fais, je peux leur montrer quelque chose. Je pense que Leprous peut plaire à beaucoup de gens différents, même des personnes qui ne sont pas attirées par le métal. Nous avons généralement un bon retour quand on joue lors d’évènements non orientés Métal.

Après une rapide recherche sur Internet, votre visibilité sur la toile semble plus importante que celle de nombreux groupes progressifs. Vous avez fait une tournée à travers toute l’Europe (plus de 40 concerts en 2012 et une nouvelle tournée en 2013). Est-ce que c’est une clé pour vivre de votre musique ? Cela signifie-t-il que vous rencontrez un certain succès ?
Je serais prudent avec l’utilisation du mot « succès » car mesurer le succès est plutôt compliqué. Ce n’est pas un secret que le business de la musique est un challenge à notre époque. Il faut travailler très dur et sacrifier beaucoup pour grimper chaque marche jusqu’à vos objectifs. Un des moyens d’escalader cette échelle est de faire des concerts. Il est donc très important pour nous de faire autant d’efforts que possible pour que nos concerts soient les meilleurs possibles. Ce n’est plus suffisant de se tenir immobile et de jouer sa musique, il faut établir des interactions avec le public qui vous font sortir du lot. Tant que je vois une petite étape franchie chaque année, je suis content. Ça prend du temps de construire un groupe !


Pour vous, quelle différence cela fait-il de jouer à un festival de Prog comme Crescendo par rapport à un festival de métal comme le Hellfest ?
En général, les gens sont plus attentifs aux morceaux et ne sont pas aussi obnubilés par les interactions entre la scène et le public. Sur tous les festivals de Prog auxquels nous avons participés, les retours du public ont été vraiment bons. D’après ce que j’en ai entendu, le festival Crescendo est très bien situé ! Je n’en sais pas beaucoup plus car je n’y suis encore jamais allé, mais je suis très enthousiaste par rapport au concept d’offrir un concert gratuit au public dans un beau site.

Pour finir, que pourriez-vous dire à nos adhérents en français ? Et que pensez-vous du niveau d’anglais des français ?
Je voudrais du fromage de fourmilier lorsque nous viendrons en France, et je serais très reconnaissant si vous pouviez nous en fournir ! (NDLR : si quelqu’un sait ce qu’est du fromage de fourmilier, peut-être pourra-t-on accéder à ce désir). Ma petite amie est française, et elle est bonne en anglais ! Mais je sais que ça n’est pas le niveau standard. Même si le niveau s’est beaucoup amélioré ces dix dernières années, c’est toujours assez dur de communiquer quand on est en France (si on ne parle pas français). La première étape serait de remplacer le doublage des films en anglais par des sous-titres ! Mais les gens dont la langue maternelle est l’anglais ne parlent généralement aucune autre langue non plus. Ah, ces grandes, fières et vieilles nations !